Il y a des textes qui n’ont pas vocation à devenir des livres.

Des textes écrits sur le moment. Pour comprendre, partager ou simplement mettre des mots sur une étape de ma vie.

Vous les retrouverez ici.


1 – Comment je suis enfin devenue une femme.

Il y a un peu plus d’un an maintenant j’étais encore une petite fille. La petite fille à son papa. Celle qui garde tous mes secrets. Celle qui m’a protégée. Celle derrière qui je me suis cachée si longtemps. Pourtant, j’ai 46 ans.

Quand j’ai commencé à écrire, c’était surtout pour échapper à mes fantômes. Ces fantômes du passé qui ne me quittaient jamais. J’étais en colère. Contre eux, contre moi, contre le monde entier de ne pas me « voir ».

Je n’ai pas eu de mal à écrire. L’histoire, je la connaissait par cœur parce que c’était la mienne. J’ai « plié » mon manuscrit en deux mois. J’y ai raconté ce que moi, Cec, ai vécu depuis mon premier jour de vie.

J’ai couché sur le papier mon incompréhension envers moi. Pourquoi étais-je si « trop » ? Trop triste, trop seule, trop en recherche d’amour. Je ne savais pas encore que c’est moi qu’il fallait aimer. Dans toute ma folie, dans mes angoisses, dans mes dépressions, dans mes névroses.

Je suis passée par des moments de doutes énormes, des rechutes morales, des peurs. J’ai fais tout ce que je détestais. Bosser.

Je le reconnais, je suis une feignasse. Moins j’en fait, mieux je me porte. Promouvoir mon livre a été une épreuve de chaque instants. Déjà, je ne savais pas que je serai obligée de faire tout ça. Très, très naïvement, je pensais écrire mon livre et qu’il serait publié direct. La douche froide. Glaciale même. Le monde ne m’attendait pas.

Oui je sais, on peut toujours rêver mais, moi j’y croyais. Je croyais en mon rêve de petite fille. Celle que j’étais encore. Vous n’imaginez pas ce qu’un refus dans ma tête de petite fille à pu avoir comme conséquences alors que je pensais le monde à mes pieds.

Il m’a fallu créer un pseudo et des pages sur les réseaux sociaux. Savoir ce que j’allais bien faire de tout ça. Comment j’allais arriver à mon but. J’ai fais des comptes que j’ai supprimés. Changer dix mille fois de DA. Modifier la couverture de mon livre vingt fois. Repris mon texte toutes les deux secondes. Tout ça, au fur et à mesure des mes transformations intérieures.

Je n’étais pas nulle en informatique mais je n’étais pas non plus une crack. Je tombais dans un monde inconnu. Parce que Facebook pour poster des conneries, ça je savais faire mais l’autre monde, celui dans lequel je voulais entrer, je ne savais même pas qu’il existait.

Les premiers refus de manuscrit ne tardèrent pas, l’ignorance totale sur mes publications non plus. Le rejet et encore le rejet. Voilà ce que je voyais au fil du temps qui passait. Se sentir autant indésirable, rejetée gardait la petite fille en moi sur le devant de la scène.

Cela me ramenait à ce que j’avais vécu et ça me gardait en quelque sorte « prisonnière ». La femme en moi était bien là mais elle avait tellement pris l’habitude de ne pas exister qu’elle laissait la petite fille gérer.

Comment aurais-je pu la laisser sortir ? Je n’étais que l’épouse de, la mère de, la sœur de, la fille de… À aucun moment je n’étais cette femme que je suis aujourd’hui. J’ai toujours été celle que les autres voulaient que je sois. Pour leur faire plaisir, pour éviter les conflits. Je me suis oubliée pour me conformer aux autres.

À force de vouloir être celle que les autres attendaient, je ne me suis jamais autorisée le droit d’être juste moi. Je croyais que mon histoire était importante et que les autres allaient forcément le voir. Pas me voir moi, mais l’histoire de cette petite fille qui a grandi trop tôt avec des choses qu’elle n’aurait pas dû avoir à vivre.

Être vue pour ne pas sombrer. Pour sortir quelque chose de toute cette merde que je traînais depuis si longtemps. Être reconnue pour ce que j’avais créé moi. Toute seule. Comme une grande. C’était somme toute déjà un exploit.

J’étais apeurée par des choses inconnues (réseaux). Terrorisée de ne pas être « vue. Angoissée à l’idée de devoir me « montrer » pour exister. Créer mes posts a été une torture de chaque instant. Pourquoi je devais faire tout ça ? Pourquoi je devais me mettre totalement à nu pour avoir un minimum d’audience ? Ce n’est pas comme ça que ça se passait dans mon monde.

J’avais cette impression de devoir me vendre. Pour moi, c’était comme signer un pacte avec le diable. Cette sensation de ne plus s’appartenir complètement. De laisser un vrai bout de soi aux autres. C’est très déstabilisant pour quelqu’un comme moi. La rêveuse s’est pris un tronc d’arbre dans la tronche et ça n’a pas été sans mal.

Puis, lentement, le femme en moi à pris un peu plus de place. De la confiance par-ci. De la persévérance par-là. Du courage pour me remettre en question. Une force immense déployée pour affronter mes démons.

Mes visuels réseaux et mes changements de couverture prouvent cette évolution, ce dilemme intérieur.

J’ai replongé plusieurs fois. Pas par faiblesse. Par facilité. C’est quand même vachement plus confortable de laisser les choses se faire. Seulement, chaque rechute me poussait encore un peu plus sur le devant de la scène.

Parce que je ne voulais plus être spectatrice de ma vie. J’en avais marre de me cacher derrière cette petite fille qui a porté bien trop de choses. Il fallait que j’assume. Oui, ma vie n’a pas été de tout repos. Et, ce n’était pas en la regardant passer que ça allait m’aider à mieux la supporter.

Au cours de cette année, j’ai fais dix pas en avant contre vingt en arrière toutes les trois secondes. Les statistiques de mes réseaux me plombaient le moral. J’en donnais des choses de moi ! Mais ça n’intéressait toujours personne. J’étais triste, en colère, découragée.

Malgré plusieurs bons retours, plusieurs chroniques positives, il ne se passait toujours rien. Chaque avis positif me faisait me dire « Ça y est, on te comprend enfin ». Puis chaque silence derrière m’enfonçait encore plus loin dans la dépression.

C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai été au plus mal. J’ai même demandé à mon médecin traitant d’aller en maison de repos. Chose que je lui refusait systématiquement. Elle a bien compris que j’étais à bout pour que je lui réclame moi-même cette « pause ». Bon, au final, je ne suis pas allée à cette maison de repos parce qu’il n’y avait pas de place (et il n’y en a toujours pas). Mais, je n’en ai plus besoin.

Avec le temps, j’ai compris que je ne me battais pas contre le monde. Je me battais contre moi-même. La femme voulait sortir mais la petite fille prenait encore toute la place. J’ai dû la rassurer, lui dire que je ne valait pas rien. Lui prouver que j’avais les épaules assez solide pour la laisser se reposer. Lui prendre la main et lui dire : « Ne t’inquiète pas. Je t’ai vue. Je t’ai entendue. Mais maintenant, c’est moi qui conduis. »

Mon rapport aux autres à changer aussi. J’ai affirmé ma singularité. J’ai arrêté de m’excuser d’exister : je suis là, bah faites avec. Je ne suis pas d’accord : je le dis. J’ai mal : tu vas être au courant. J’ai peur : je suis assez « grande » pour avancer. On me ferme la porte : je rentre par la fenêtre. Si la fenêtre est fermée : je passerai par la cave.

Ma plus grosse évolution est ici. Je suis déterminée à avoir la vie que la petite fille en moi voulait. Mais pas n’importe comment. Mon volant, mes règles. X devient un exemple de mes limites. Y devient un exemple de mon audace. LinkedIn devient un exemple de ma confiance qui grandit. Mes 500 abonnés deviennent un exemple de ma persévérance.

Je suis enfin moi. La femme. La vraie. Celle qui aurait dû prendre le lead bien avant. Et cette fois-ci, c’est juré, le monde n’est pas prêt…